Présentation

  • : Kéwan la banane
  • kewanlabanane
  • : ma vie pleine de magie grâce à mon coco bidou Kéwan! Quel cadeau d'anniversaire pour mes 25 ans !!! Eh oui nous sommes nés tous les deux le 2 janvier...

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Une rencontre

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Récompense

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De retour à l'école !

?

Premier trimestre

J'ai attendu pendant presque trois mois que mes règles reviennent, suite à l’arrêt de ma pilule. Mais elles ne sont jamais revenues puisqu’à la première ovulation, le 28 ou 29 mai 2005, je suis tombée enceinte.

Je me souviens bien du jour (c'était le mercredi 25 mai, soit 3 ou 4 jours avant mon ovulation), de l'endroit (sur le canapé-lit, rue Raymond Barbet à Nanterre, au milieu de l'après-midi, mmmm rien de tel que l'amour l'après-midi, petit clin d'oeil au film de Billy Wilder
Love in the afternoon, avec Audrey Hepburn), et je me souviens également ... du partenaire ah ah ah !!

Je prenais ma température tous les matins, et j'ai remarqué une hausse de température le samedi ou dimanche matin (je ne sais plus...). La veille, je me rappelle avoir eu mes parents à dîner, nous avions mangé sur la terrasse de mon nouvel appartement (poulet tikka et gâteau de semoule alwa, le tout préparé par mes soins!). La seule et unique fois où j'ai invité mes parents à manger chez moi comme une grande... Le soir, mon père nous avait rejoint à l'appartement, moi et ma mère. L'après-midi, avant ce succulent repas, nous étions parties faire une petite randonnée toutes les deux, de Maisons-Laffitte jusqu'à l'étang du Cora...

Voilà ce dont je me souviens au sujet de la semaine où je suis tombée enceinte. Et aussi que lorsque j'ai pris ma température, je n'ai pas pensé : " Tiens si ça se trouve je suis enceinte ! " Non, j'étais juste contente d'avoir enfin eu mon ovulation, mais je ne pensais pas pouvoir tomber enceinte si rapidement...

Le dimanche 6 juin sont apparues mes
premières douleurs abdominales. J'ai pensé qu'elles annoncaient simplement l'approche de mes règles. Mais au bout de deux semaines, soit le dimanche 13 juin, la douleur s'était intensifiée à un point tel que je n'avais qu'une seule envie : filer aux urgences pour savoir si oui ou non j'étais enceinte ! Le matin-même, ma température n'avait toujours pas baissé, mes règles n'étaient pas venues. Au cours de la journée, j'ai feuilleté tous les livres sur la grossesse en ma possession afin de savoir si c'était une chose normale de souffrir à ce point ! J'avais entendu parlé des nausées mais pas de ces affreuses douleurs au ventre !!!

Le lendemain, le médecin m'a prescrit une
prise de sang. En voici le bilan :
 

Alors voilà, j'étais enceinte ! Je me revois dans le laboratoire d'analyse, la biologiste m'annonçant la nouvelle !! Je me revois quelques minutes plus tard, sur le chemin de mon cours de gym, au téléphone avec Jean-Marc, lui sous le choc, moi déçue par son silence, son absence apparente de réaction. Certes, nous ne nous attendions pas à ce que cela arrive si tôt, mais nous le voulions ce bébé !

Tout au long de la semaine, je me suis vraiment sentie enceinte. Mes seins étaient déjà très gonflés. Mes douleurs demeuraient supportables. J'avais d'ailleurs observé qu'elles se calmaient dès que je mangeais un peu.

Le problème c'est qu'ensuite sont venues les nausées (donc difficile de manger régulièrement pour calmer mes douleurs abdominales, mais je me forçais quand même et ça m'écoeurait), des maux de tête, une énorme fatigue et, à la fin du mois de juin, pour couronner le tout : une atroce canicule ! De plus en plus difficile d'avaler quoi que ce soit, donc de soulager mes douleurs. J'étais dans un état lamentable. Je me traînais du lit au canapé, du canapé au lit, incapable de faire quoi que ce soit, tentant de lire un peu pour faire passer le temps (je me souviens avoir lu
Enfance, de Nathalie Sarraute, et relu Le bébé, de Marie Darrieussecq). Je cherchais l'aliment qui me donnerait envie de manger. J'ai vite été dégoûtée des oeufs durs à la mayonnaise, le chat étant tombé dans mon assiette (elle dormait en haut du placard de la cuisine ou parfois sur le frigo, elle avait un panier à chaque endroit) et ayant fait valsé mon oeuf dur par terre, ainsi que le pot de mayonnaise... Je me revois en larmes au téléphone, racontant cela à Jean-Marc, désespérée !!! Et puis j'étais complètement parano, j'avais peur que tout soit sale chez moi, je voulais faire des plantations et je me suis fichu un stress pas possible car j'avais manipulé du terreau !!! Bref, tout me semblait atroce, et je me demandais :  " Qu'est-ce que j'ai fait ? " Je regrettais presque tellement j'étais mal, et je me disais même que je n'en aurais jamais de deuxième !

En fait, j'étais très angoissée, parce que d'une part
je devais reprendre le travail en septembre, et cela me paniquait (surtout vu mon état de fatigue), et d'autre part, avec Jean-Marc, qui ne travaillait toujours pas, nous ne vivions pas ensemble, et je me mettais à avoir besoin de lui, de sa présence, je me sentais seule, tellement seule, désespérée...

Mais alors pourquoi faire un bébé à ce moment-là ? Je n'ai pas de réponse, ça devait se faire, ça s'est fait, et je n'avais pas pensé que ce serait si difficile, car je ne pouvais pas savoir que mon corps allait réagir aussi violemment. On peut attendre le moment idéal, mais je pense que le bon moment, le VRAI moment, ce n'est pas quand tout semble aller bien, c'est quand on le sent ! Je le sentais ! J'avais déjà tant d'amour pour ce petit être fragile...

Heureusement, au début du mois de juillet,
les douleurs se sont calmé, la canicule a cessé, il faisait un véritable temps de printemps, sans chaleur excessive. Tout d'abord, comme pour remplacer ma souffrance première, j'ai commencé à ressentir de très fortes douleurs aux cervicales, mais sur les conseils de mon médecin, j'ai fini par reprendre mes anti-dépresseurs, arrêtés quelques mois avant de tomber enceinte, et je me suis immédiatement sentie davantage apaisée et beaucoup moins tendue. D'autant plus que mon chéri et moi avions finalement décidé de vivre ensemble pour accueillir ce petit bébé... Oui, il nous a fallu ce prétexte là pour faire comme tout le monde !
 


Le 8 août, ce fut un véritable tournant : le jour de
ma première écho ! J'avais RDV à 14 heures, je me souviens de mon bébé comme si c'était hier. Voici Kéwan, à deux mois de grossesse : 

 

Ce qui m'a impressionnée, ce n'est pas tant d'entendre son coeur battre que de le voir si bien formé déjà et de le regarder bouger. On voyait aussi des petites points : ses doigts. Et pourtant, il ne mesurait que 5cm 6mm !!!

"
Le voilà, votre bambin ! " a dit le médecin (c'était une femme). Elle a commencé l'examen, mais n'a pas pu le terminer, car Monsieur Kéwan s'est endormi, et elle avait beau l'embêter un peu pour qu'il change de position, il n'avait pas envie de se réveiller et a fini par nous tourner le dos !!! Le problème était qu'il aurait fallu qu'il se décolle de la paroi pour qu'elle puisse mesurer la clarté nucale, mais mon bébé ne l'entendait pas de cette oreille, il était très bien comme ça, collé contre la paroi qui lui faisait comme un bon petit oreiller , et il n'avait aucune envie de se réveiller pour nous faire plaisir !
 


Pas grave, cela nous a permis de revenir
deux autres fois :


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le 10 août : nouvel échec, il se tourne à nouveau sur le côté. Il mesure 6,4 cm.


le 13 août : examen réussi. Il mesure à présent 7 cm.

Verdict de cette échographie du premier trimestre : Monsieur Kéwan a un bon petit bidon !

 

Le lendemain, le 9 août, c’est la St Amour !! Ma première pensée au réveil a été pour
cette image gravée en moi : mon bébé en train d'agiter ses bras et ses jambes. La veille, nous avions éprouvé pour la première fois une joie réelle et partagée, en sortant du cabinet médical, nous avions tous les deux le sourire aux lèvres.


Le 11 août, j'ai le droit à une belle surprise de la part de Jean-Marc :


La rose blanche, c'est pour le
bébé, les deux roses rouges, c'est nous deux, et pour ne pas faire de jaloux, il y a une quatrième rose : c'est Nadja !!!

Le 14 août, toute la belle-famille est au courant ! Ils sont tous certainement très surpris mais se gardent bien de me le dire ! Ma soeur, à cette date, doit le savoir également, ainsi que mes parents et mon frère, mais je ne me souviens plus quand est-ce que je leur ai annoncé !

Petite carte de la part de ma famille, en vacances en
Bretagne :



Suite à ma première écho, j'ai commencé à écrire ce récit appelé "5cm6mm" :

Bien sûr j’avais des images dans la tête. Mais pas tellement plus que tout le monde. Les mêmes, ventre se promenant dans la rue, ou seulement savoir. Savoir, cela me semblait merveilleux. Je ne trouve pas d’autre mot, un mot plus précieux, plus rare. Merveilleux, simplement. C’est ce que cela me paraissait être. Alors qu’en vérité, savoir, ce n’est rien. J’y croyais tellement, mais quelles sont les preuves tant qu’on n’a rien vu, tant que le bébé n’est qu’un chiffre sur le papier, puis des seins qui gonflent, la nausée qui monte, et cette fatigue, cette fatigue… Savoir, maigre consolation dans tout ça. On a beau tâter le ventre, il n’y a rien, c’est enfoui, et si son cœur s’est arrêté, et si c’était une imposture, œuf clair, trompe-corps : il était partout mon bébé, dans toutes les douleurs des deux premiers mois, partout sauf là où il aurait fallu le sentir, dans le creux de mon ventre, puisque c’est seulement à cet endroit qu’il était, en vérité, mais tant que je ne l’avais pas vu j’avais décidé de ne pas y croire.

La magie de l’apprendre, elle n’a duré qu’une semaine, puis la souffrance a pris le pas, je souffrais, c’était la seule chose dont j’étais certaine, et je sentais de plus en plus qu’il y avait ce besoin de voir, je plaignais les femmes qui n’avaient pas pu voir, qui avaient dû attendre de sentir des petits coups de pied dans leur ventre. Ils sont tellement longs à venir. Les jambes s’agitent en vain pendant des semaines et la maman ne sent rien bouger, ne sait rien de la vie de son bébé : elle imagine.

J’ai pu croire que c’était facile d’imaginer. Lorsqu’on désire un enfant pour la première fois, on n’a pas idée de ce qu’on désire. On ne peut pas le savoir. On en a une vague intuition, mais on ne sait pas vraiment ce que ça fait. On se croit peut-être maître du jeu, mais très vite ce petit être que l’on crée nous dépasse, comme s’il en savait plus long que nous, avec sa manière de se former à notre insu puis d’apparaître sur un écran, bébé miniature, les petites mains qui s’agitent, les pieds qui donnent des coups, le cœur qui bat, puis il change de position, s’endort, fatigué peut-être de ses cabrioles. Vous le voyez, et ça fait peut-être déjà plusieurs jours qu’il s’entraîne sans que vous vous en doutiez : on se sait pas tout.

Je voyais bien les images dans les livres, mais jamais je ne me suis dit : j’ai ça dans le ventre. Je me disais simplement : il mesure tant, ça y est son cœur commence à battre, tel ou tel organe se forme . Des choses que je savais car je les avais lues, maigre compensation face à la seconde où je l’ai vu apparaître comme par magie sur l’écran, et immédiatement il est devenu cela dans ma tête : 5cm 6mm, un bébé minuscule mais mon bébé, plus celui que j’imaginais avoir, à qui je me voyais donner le sein, que j’allais changer, câliner, plus ce bébé du futur, non, l’échographie vous ramène dans l’instant présent, vous tire du fantasme, du désir, ce désir d’enfant que l’on croit assouvi lorsqu’on apprend la nouvelle : on est enceinte.

Mais ce désir on reste encore en plein dedans des semaines durant, on pense aux neuf mois, pourvu que tout se passe bien, on a tout lu sur tout comme si cela pouvait faire arriver le bébé plus vite, et puis arrive le jour où l’on voit : cela stoppe tout. Une voix nous dit : « Eh, arrête-toi cinq secondes, je suis là, moi, j’existe. » Sa présence s’impose, la sienne, plus celle d’un être imaginaire, et on se dit à ce moment-là : « Je l’aimerai quoi qu’il arrive. » On a beau penser à tous les accidents, les dangers, déjà on s’attache à lui, on tire un trait sur l’enfant parfait qu’on rêvait d’avoir, parfait du moins normal, comme tout le monde, sans problèmes, on se dit qu’on le prend tel qu’il est, avec tous ses petits membres qui s’agitent, son petit cœur qui bat, enfant sur lequel il faudra veiller des années durant.

Puis les jours passent. A peine une semaine que l’échographie a eu lieu et le bébé virtuel reprend le dessus. L’image s’estompe car c’est moins cela qui est dans mon ventre : déjà il a changé et je ne peux plus l’imaginer, il n’est plus celui que j’ai vu : c’est un petit garçon ou une petite fille, il mesure quelques centimètres de plus, je n’ai plus l’assurance qu’il est en vie, et si je l’imagine je vois un bébé qui vient de naître.

Mais c’est aussi l’impatience, à présent. Impatience de pouvoir le toucher, lui parler, le câliner. Le sentir bouger, au moins. Lui faire écouter de la musique, ou simplement ma voix. En quelque sorte, l’atteindre, créer un lien autre que strictement physique, lien qui s’établit à mon insu, mon corps agissant pour moi. Je peux juste me dire : il reçoit ce que je choisis de manger. Sucré, salé… Mais on est loin du sein, du biberon, de la petite cuillère !

Peut-être pourrais-je lui offrir mon repos, mon bien-être ? Ce que je fais qui n’est pas moi me semble une trahison, comme si je lui retirais quelque chose, comme si je volais du sens à ces neufs mois, sans me dire que plus généralement je vole ainsi du sens à ma vie. Ce que je fais qui n’est pas moi : travailler à la perfection, sans arrêt, du matin au soir, jusqu’à l’obsession. Listes de mots, de phrases, d’objectifs et d’activités. Chaque chose à sa place indéfiniment jusqu’à ma mort, même si cela ne doit pas servir il faut que ce soit dans les classeurs, la perfection achevée, quête infernale de l’exhaustivité. Je commence à me dire que c’est absurdité lorsqu’on a un bébé dans le ventre.

Mais j’ai toujours eu ce pressentiment. Cette intuition que cela surpasserait le travail. Que cela viendrait en quelque sorte me sauver d’une certaine folie obsessionnelle. Cela viendrait faire la lumière sur le sens. Ecrire ou travailler : j’hésite rarement le matin, au moment de choisir à quel bureau m’asseoir. Je ne me pose pas la question du sens mais du besoin – nourrir mes obsessions –, et je n’écris pas. Mais un enfant qui a faim. Un enfant qui pleure. Un enfant qui n’a plus de chaussures. Un enfant qui n’est jamais allé au zoo. Un enfant qui est le mien. Ce sens-là s’impose, vient exiger un peu de territoire, de temps, d’attention. On ne choisit plus, le matin. Il y a comme une évidence. 

Dans le train, quelques jours après la première écho, j'ai écrit ce poème :
 


A la mi-août, mon ventre commence à gonfler et je pars à la recherche d’un soutien-gorge de grossesse, mon premier achat. Pour le moment, je n’ai rêvé qu’une fois de mon bébé : il tétait et j’en éprouvais beaucoup de plaisir… La fatigue est toujours là mais supportable, je squatte souvent le canapé, passe également beaucoup de temps dans mon lit, à lire. Il m'arrive de vomir, le matin hors de question de boire avant d'avoir avalé quelque chose de solide. Mais je vais mieux...
 


Tout au long de ce premier trimestre, je me suis sentie
épuisée, et Jean-Marc s'occupait de moi comme il pouvait.

Un jour, pour passer le temps, nous nous sommes mis à écrire une histoire à quatre mains. Le principe est le suivant : vous commencez une histoire et ne laissez visible que la dernière ligne ou la dernière phrase, ensuite c'est à l'autre de poursuivre, puis de nouveau vous, et ainsi de suite jusqu'au dénouement.

Nous avons écrit deux histoires. Dans l'une d'elle est apparue le prénom "Kéwan", que mon chéri avait découvert récemment, mais dont il ne m'avait pas parlé. A l'époque, notre enfant, s'il était un garçon, devait s'appeler Nicolas (hum hum je sais, je ne pouvoir pas prévoir!!!).

Voici donc l'histoire en question (dont le titre a bien sûr été donné après) (en gris c'est moi, en noir c'est Jean-Marc) :
 

Rendez-vous chez le dentiste


Kéwan a dix ans ; un jour, alors qu'il rentre de l'école, il tombe sur son chemin sur une bande de petits voyous qui martyrisent quelque peu un pauvre chat pris au piège. Kéwan se souvient de ce que lui a encore répété sa mère ce matin avant qu'il ne parte pour l'école : "Ne traîne pas sur le chemin du retour, nous avons rendez-vous chez le dentiste à 17h30 !" Mais comment passer son chemin alors qu'une pauvre créature sans défense est aux mains de jeunes bourreaux ? Oui, comment préférer courir droit à la maison, où sa mère l'attendait de pied ferme pour le conduire lui-même à la pire torture qui soit (après l'école et la soupe aux poireaux) : le dentiste ! Alors il approcha du groupe et se planta devant le plus grand, le chef probablement, et lui dit d'une voix ferme et sans compromis : "Cessez de martyriser ce chat !"

A peine avait-il proféré cet ordre qu'il aperçut aux côtés de la grande brute un petit binoclard aux dents de lapin qui n'était autre que le fils du dentiste : Teddy, qu'il s'appelait. Celui-ci, bien que frêle et chétif, semblait vouloir en découdre avec Kéwan, alors que les autres affichaient une placidité assez normale car Kéwan bénéficiait dans le quartier d'une autorité qui n'avait jamais été remise en doute : il faut dire aussi que Kéwan avait une tête de plus que les autres, et une carrure intimidante. Mais apparemment, ce moucheron ne le craignait pas, il s'était avancé et fixait Kéwan d'un regard haineux, et soudain Kéwan reconnut cette hargne, c'était celle-là même qui allait, d'ici une petite heure, lui arracher deux dents : Teddy était le portrait tout craché de son père.

Aussi lorsque celui-ci s'approcha trop près, décidé à user de son petit poing droit sur le visage de Kéwan, ce dernier lui envoya un franc uppercut dont lui seul avait le secret et qui envoya tournebouler Teddy sur le pavé ; les autres aussitôt lâchèrent le chat qui partit se réfugier sous une voiture, pas mécontent d'avoir échappé à cette bande d'humains sauvages. Mais Teddy n'avait pas dit son dernier mot : tout en cherchant à tâtons sa paire de lunettes brisées, il se fit la promesse de venger son honneur avant la tombée de la nuit.

Kéwan, après cet échaffouré, put retourner à temps chez lui et partir avec sa mère chez le dentiste, mais une légère appréhension le saisit losque, entrant dans la salle d'attente, il aperçut, par la porte entrouverte de son cabinet, le docteur et son fils Teddy en conversation : Kéwan voyait bien que Teddy à plusieurs reprises montrait à son père son menton enflé et la dent de devant qui avait été brisée net lors du bref  combat.

"Aïe aïe aïe !", pensa Kéwan, regrettant presque d'avoir sauvé le petit chat de la torture en songeant à celle que le père de Teddy ne tarderait pas à lui infliger.

Ce fut le tour de Kéwan : il pénétra dans le cabinet du docteur et aperçut Teddy qui s'esquiva derrière la porte d'une autre pièce ;  il était sûr que celui-ci avait l'oreille collée à la porte pour savoir ce que son père terrible allait bien faire à l'insolent qui avait osé ainsi abîmer la dentition de son fils.

"Bonjour, Kéwan !", dit le père de Teddy en adressant à son petit patient un large sourire, le narguant presque de ses grandes dents blanches qui l'apparentaient lui aussi à un Bugs Bunny.

Aussitôt, Kéwan, alarmé, dit d'une voix qui cachait mal son malaise : "Mes dents vont très bien, je ne sais pas pourquoi maman a voulu que je vienne vous voir !" "Hum hum", fit le dentiste, mais il avait du mal à dissimuler son amusement, et Kéwan dut ouvrir la bouche en priant le ciel pour qu'il lui épargne les dents de devant, il était prêt à tout donner en échange : sa mère, son père, la télé couleurs qu'il avait reçue à son anniversaire.

Approchant la fraise, qui vrombissait, de la bouche de Kéwan, le dentiste dit : "C'est bien toi qui t'es battu avec Teddy tout à l'heure ?" "Il... il faisait mal à un pauvre petit chat sans défense...", expliqua Kéwan d'une voix angoissée, et il croyait vivre à cet instant précis tout ce que le pauvre petit chat avait risqué d'endurer, que pourrait donc comprendre cet homme de toute cette histoire puisque dans le fond il était sadique commer son fils. C'est pourquoi il ajouta un mensonge qui le sauverait peut-être s'il faisait effet sur le docteur : "Et en plus il a traité ma mère de grosse p... alors j'ai pas réfléchi, ça m'a fait mal... d'ailleurs ma mère, à qui j'ai tout raconté, doit vous dire deux ou trois mots après la consultation : il faut dire que ce qu'elle déteste le plus chez les enfants, c'est les gros mots, et en plus si elle est concernée... elle est un peu furieuse...

"Hum, fit le dentiste, tout occupé à achever son oeuvre. Voilà jeune garçon, ces deux dents de sagesse sont arrachées, je vais te les mettre dans un petit sachet, mais tu sais, je les garderais bien : un peu de ta sagesse, ça ne ferait pas de mal à mon fils !"

La porte derrière laquelle se cachait Teddy s'ouvrit violemment : "Papa c'est pas vrai, il dit des mensonges, je n'ai pas insulté sa mère !" "Oh, toi, petit vaurien, cesse de mentir comme le fils de cet arracheur de dents que je suis !"

Teddy partit en courant dans sa chambre, furieux, tandis que le dentiste terminait avec Kéwan. "Au fait, tu reviendras la semaine prochaine, je viens de remarquer qu'il faut t'arracher les deux autres dents de sagesse !"

 
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